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La Création D’un Avenir Meilleur
avril 4, 2016De vieilles histoires racontent comment les gens décourageaient les comportements infâmes dans les petites villes de l’autre côté de la frontière ouest dans les années 1800. On dit que parfois, les flingueurs étaient forcés de laisser leur arme au bureau du shérif du coin pendant qu’ils buvaient un coup dans le saloon d’à côté. S’ils ne se pliaient pas à cette règle, ces hors-la-loi pouvaient être dépossédés de leur pistolet, battus et expulsés de la ville. À l’époque, on considérait que revolvers et alcool ne faisaient pas bon ménage et pouvaient mettre en péril la sécurité générale de la communauté. Cela ressemble à la justice du peuple que le Far West a fini par incarner dans les films d’Hollywood, mais ce n’est certainement pas une solution pratique aux problèmes du monde moderne… n’est-ce pas?
Dans son nouveau livre, « Reclaiming Conversation: The Power of Talk in a Digital Age », la célèbre spécialiste des médias Sherry Turkle, professeure de Sciences, Technologie et Société au M.I.T., explore comment les avancées technologiques modernes telles que les téléphones cellulaires, les textos et les courriels nuisent à l’art de la conversation et sapent nos relations, notre créativité et notre productivité. Elle ne suggère pas la violence physique pour résoudre le problème, mais elle est passionnée par ce qu’elle croit être la solution : lorsque vous discutez avec un autre être humain, laissez votre téléphone cellulaire, votre tablette et votre ordinateur à la porte, regardez la personne dans les yeux, et soyez émotionnellement présent dans une vraie conversation!
Dans un récent article du New York Times, la professeure Turkle explique comment la technologie nous déconnecte de notre propre humanité, car nous ne prêtons pas attention à l’autre lors de nos conversations et échanges personnels, en tête à tête. Les gens entrent et sortent de leurs interactions sociales, car ils tentent de « rester branchés » au monde extérieur aux personnes qui sont juste devant eux. Nous l’avons tous vécu. En réalité, nous commettons souvent cette erreur. Nous détournons notre regard et notre attention de la personne avec qui nous sommes pour river les yeux sur notre appareil mobile. Nous prétendons que ce n’est pas un problème, puisque nous sommes des experts du « multitâche », comme si cela excusait d’une certaine façon le fait impoli de détourner notre attention d’une conversation avec quelqu’un qui est vraiment présent avec nous.
En outre, Mme Turkle a constaté que pour faire cela efficacement, nous employons une stratégie mentale qui nuit à la qualité de nos interactions sociales – nous faisons en sorte que nos conversations et nos textes restent simples et superficiels. Tandis que cette tactique pourrait être justifiée pour organiser nos tâches quotidiennes à la maison et au travail, elle n’est pas efficace pour nouer des liens enrichissants avec un autre être humain. Elle peut sérieusement nuire à notre capacité à comprendre ce que ressentent les autres… à ressentir à distance, même à un niveau primitif, les pensées et les sentiments d’autrui. Cette faculté est essentielle aux formes de civilité et d’éveil spiritual les plus basiques, et elle devient un art perdu. Le pire, c’est que cette épidémie touche nos jeunes. On observe que dès l’âge de 8 ans, des enfants réagissent « comme des robots » dans certaines situations sociales. D’autres montrent d’importants retards de développement dans leurs aptitudes sociales/émotionnelles parce qu’ils ne peuvent pas lire les signaux sociaux des pairs.
Et ce n’est pas seulement l’empathie qui est touchée négativement. Les études laissent entendre que lorsque nous dispersons notre attention sur nos téléphones cellulaires et nos conversations, nous réduisons la complexité de nos communications pour compenser. Le dialogue ouvert, où l’on aborde et explore des idées et des concepts, est sacrifié. Il est plus facile d’être multitâche dans nos interactions sociales et technologiques si la profondeur de ces dernières reste simple et superficielle. Mais, tandis que le minimalisme et la superficialité peuvent être des atouts pour nos textos et gazouillis, ce ne sont pas des ingrédients sains dans la planification stratégique ou des relations cérébrales profondes avec les autres.
Toutefois, rien n’est perdu. Lorsque les épreuves technologiques nous forcent à faire face à nos valeurs humaines essentielles, nous avons alors l’occasion de réaffirmer ce que sont vraiment ces valeurs. Mme Turkle pense qu’en laissant nos téléphones cellulaires à la porte, nous pouvons nous réapproprier l’art de la conversation en tête à tête et inverser les tendances négatives. En famille, nous pouvons commencer à instaurer des moments familiaux sans appareils – aux repas, pendant les trajets en voiture, avec les histoires avant de s’endormir. Nous pouvons profiter de tout ce que la technologie a à offrir sans en être les otages. Et ce qu’il y a de merveilleux dans tout cela, c’est que nous avons tous les moyens à notre disposition pour retrouver ce que nous avons perdu dans nos relations humaines – la possibilité de tendre la main vers autrui et d’être vraiment ensemble.